Après 13 ans chez Ubisoft, il est licencié pour avoir critiqué son entreprise

Licencié après 13 ans chez Ubisoft, un vétéran du studio est remercié après avoir publiquement critiqué certaines décisions internes.

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On le sait, les périodes de restructuration ne sont jamais des moments calmes. Et si l’industrie du jeu vidéo encaisse depuis plusieurs années des vagues de licenciements à un rythme tristement record, la situation semble s’être encore durcie chez ce qui faisait autrefois figure de fleuron du jeu vidéo français. Chez Ubisoft, les tensions s’accumulent, et certaines décisions récentes donnent le sentiment que le sol continue de se dérober sous les pieds des équipes.

Dernier épisode en date dans un climat déjà électrique : le licenciement de David Michaud-Cromp, lead de l’équipe level design chez Ubisoft Montréal. Treize ans de maison, un départ avec effet immédiat, et surtout un enchaînement de décisions qui laisse peu de place au doute.

Le retour au bureau comme point de rupture

Depuis l’annonce d’une vaste restructuration financée par Tencent, Ubisoft multiplie les signaux inquiétants pour ses équipes. À cela s’ajoute une nouvelle directive interne qui a fait l’effet d’un détonateur : le retour obligatoire au bureau cinq jours par semaine.

Une mesure présentée par l’éditeur comme nécessaire à la collaboration et à la créativité, mais qui a surtout cristallisé les frustrations. Sur le terrain, beaucoup y voient surtout une perte de flexibilité, dans un contexte déjà plombé par des licenciements, des fermetures de studios et des projets annulés, dont le remake de Prince of Persia: les Sables du Temps.

Comme beaucoup d’autres en interne, David Michaud-Cromp a fini par exprimer publiquement son désaccord sur LinkedIn.

« Alors… Ubisoft veut rétablir les 5 jours de travail au bureau… parce qu’ils « croient en la collaboration »… mais enfin, on n’est pas complètement idiots… on sait très bien pourquoi vous voulez revenir aux 5 jours de travail au bureau. »

Une déclaration qui, dans le contexte actuel, a visiblement été perçue comme une ligne rouge à ne pas franchir...

De la suspension disciplinaire au licenciement

La prise de parole de David Michaud-Cromp ne tarde pas à avoir des conséquences. Ubisoft le sanctionne d’une suspension disciplinaire de trois jours sans solde :

« Cette mesure m'a été présentée comme étant liée à des commentaires publics que j'ai formulés concernant la politique de retour au bureau de l'entreprise, et fondée sur un manquement présumé au devoir de loyauté. Je partage cette information par souci de transparence. Je prends acte de la décision et ne ferai aucun autre commentaire pour le moment. »

Un premier signal clair. Puis, quelques jours plus tard, la décision finale tombe. Le développeur annonce lui-même son licenciement sur LinkedIn :

« Aujourd’hui, j’ai été licencié par Ubisoft, avec effet immédiat. Ce n’était pas mon choix. Je ne discuterai pas des détails ou des circonstances internes. Je prends le temps de me recentrer et je partagerai la suite lorsque ce sera approprié. »


Ubisoft, de son côté, se défend. Pour l’éditeur, il ne s’agit pas de sanctionner une opinion, mais le non-respect du cadre interne :

« Exprimer des retours ou des opinions de manière respectueuse ne conduit pas à un licenciement. Nous disposons d’un Code de conduite clair qui définit nos attentes communes pour travailler ensemble de manière sûre et respectueuse. Lorsqu’il est enfreint, nos procédures établies s’appliquent, y compris une escalade des mesures en fonction de la nature, de la gravité et de la répétition du manquement. »

Reste que l’affaire s’inscrit dans un climat social déjà très tendu. Certains employés évoquent un sentiment d’« colère et de désespoir », tandis que plusieurs syndicats ont lancé des appels à la grève.

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