On savait déjà que l’ambiance chez Blizzard n’avait rien d’idyllique ces dernières années. Entre scandales internes, restructurations et rachat par Microsoft, les coulisses du studio ont souvent fait parler. Mais Jeff Kaplan, l’ancien directeur d’Overwatch, vient de livrer un témoignage qui en dit long sur la pression qui régnait à l’époque.
Dans un entretien accordé au podcast de Lex Fridman, le développeur revient sur la réunion qui l’a poussé à quitter Blizzard après près de vingt ans… un moment qu’il décrit aujourd’hui comme « le plus gros “fuck you” de sa carrière ».
L’ultimatum qui a tout changé
Dans cet entretien, Jeff Kaplan raconte une réunion qui l’a profondément marqué. À l’époque, Overwatch 2 est encore en développement et le jeu original continue de générer des revenus importants. Mais la direction veut aller beaucoup plus loin. Le développeur explique avoir été convoqué par le directeur financier de Blizzard, qui lui aurait présenté un objectif très clair : Overwatch devait atteindre un certain niveau de revenus dès 2020, puis maintenir ce chiffre chaque année. Sinon, les conséquences pourraient être lourdes.
« Il m’a dit : si Overwatch ne fait pas ce chiffre, nous allons licencier 1 000 personnes, et ce sera de ta faute. »
Pour Jeff Kaplan, ce moment marque une rupture. Après près de vingt ans passés chez Blizzard, l’idée que l’avenir de centaines d’employés puisse être utilisé comme levier de pression lui paraît surréaliste. « C’était le plus gros “fuck you” de toute ma carrière », raconte-t-il aujourd’hui.
Peu de temps après cette réunion, le développeur décide de quitter Blizzard. Nous sommes alors en avril 2021, et Overwatch 2 est encore loin de sa sortie.
« Je pensais que je ne travaillerais jamais ailleurs que chez Blizzard. J’aimais cet endroit, c’était une partie de moi. Je pensais vraiment que j’y prendrais ma retraite. Et à ce moment-là, je me suis dit : c’est terminé. Heureusement pour Blizzard, ce directeur financier n'est plus en poste. »
L’Overwatch League, un projet devenu trop lourd
Dans le même entretien, Jeff Kaplan revient aussi sur un autre élément qui aurait compliqué le développement du jeu : l’Overwatch League.
Au départ, le projet semblait prometteur. L’idée était de créer une ligue mondiale d’esport avec des équipes représentant des villes, sur le modèle des grandes ligues sportives américaines. Le projet incluait également des garanties pour les joueurs professionnels, comme des salaires minimums et des protections contractuelles.
Mais au fil des années, la ligue devient de plus en plus lourde à gérer. Entre les partenariats, les intégrations techniques avec Twitch, les skins pour chaque équipe et les obligations marketing, une grande partie des ressources de l’équipe Overwatch se retrouve mobilisée par l’esport.
L’arrivée d’investisseurs derrière les équipes de l’Overwatch League aurait également accentué la pression économique autour du jeu. Jeff Kaplan explique que certains investisseurs avaient été convaincus que la ligue pourrait atteindre une popularité comparable à la NFL, ce qui a conduit à des attentes financières extrêmement élevées.
« Ils vendaient pratiquement le pont de Brooklyn », dit-il en évoquant les présentations faites aux investisseurs. Lorsque ces projections se sont révélées trop optimistes, la pression s’est reportée sur l’équipe de développement.
« Tout le monde revenait vers nous en disant : Overwatch a fait 500 millions de dollars l’année dernière, qu’est-ce que vous pouvez vendre de plus ? »
Selon Jeff Kaplan, cette situation a progressivement détourné l’équipe de ce qui faisait le cœur du jeu : les nouveaux héros, les cartes et les événements pour les joueurs.
« C’était une bonne idée au départ mais c’est devenu un poids énorme pour l’équipe. »
Un Overwatch 2 très différent de ce qui était prévu
Avec le recul, le développeur estime que la version finale d’Overwatch 2 sortie aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec ce que l’équipe imaginait à l’origine. À ses yeux, le projet aurait pu prendre une direction très différente si la pression économique et les attentes autour de l’Overwatch League n’avaient pas pris autant de place.
Depuis son départ, Jeff Kaplan a lancé un nouveau studio appelé Kintsugiyama, qui travaille actuellement sur un projet très éloigné de l’univers de Blizzard : The Legend of California, un FPS multijoueur en monde ouvert inspiré du Far West.









