Selon une enquête publiée par Kotaku, le climat chez Ubisoft est loin d’être serein. Le média américain rapporte de nombreux témoignages de développeurs, des échanges issus des messageries internes de l’entreprise et des réactions syndicales en France, qui dressent le portrait d’un studio en pleine crise. Retards, annulations, restructuration et retour forcé au bureau auraient ravivé un sentiment de lassitude profond au sein des équipes, au point que certains employés parlent aujourd’hui de leur période la plus embarrassante chez Ubisoft.
Une nouvelle “réinitialisation” qui passe mal
D’après Kotaku, ce malaise ne date pas d’hier. Un développeur cité par le journaliste Ethan Gach racontait déjà en 2022 sa frustration en voyant Elden Ring s’imposer comme un phénomène grand public. Ubisoft travaillait sur des mondes ouverts depuis des années, avec des effectifs colossaux, sans jamais parvenir à produire un jeu perçu comme aussi audacieux ou marquant. Depuis l’échec de Ghost Recon Breakpoint en 2019, cette question reviendrait régulièrement dans les discussions.
La situation se serait brutalement aggravée cette semaine, après l’annonce par Ubisoft de retards majeurs, d’annulations de projets, de mesures de réduction des coûts et d’une nouvelle restructuration.
Toujours selon Kotaku, ces décisions ont été communiquées aux employés via un message d’Yves Guillemot, évoquant un retour aux “racines” créatives de l’éditeur et une organisation plus souple. Un discours que plusieurs salariés interrogés jugent familier, voire usé, tant des promesses similaires auraient déjà été formulées par le passé.
Sur les canaux internes d’Ubisoft, dont Kotaku dit avoir consulté des captures d’écran, plusieurs développeurs évoquent la crainte d’un départ massif de talents, mais aussi un sentiment d’injustice. Certains reprochent à la direction de ne pas assumer ses choix stratégiques passés, tout en faisant porter les conséquences sur les équipes. L’un d’eux résume la situation par une phrase glaçante :
« C’est probablement la plus grande honte que j’ai ressentie en travaillant quelque part. »
L’un des points les plus sensibles concerne le retour massif au bureau. Kotaku rapporte que cette décision, perçue comme unilatérale, a particulièrement choqué les équipes parisiennes, alors même que des accords sur le télétravail venaient d’être négociés. Un syndicat français a appelé à une mobilisation partielle, dénonçant une dégradation brutale des conditions de travail.
Au-delà des conditions de travail, c’est aussi la direction créative qui est remise en question. Des développeurs critiquent une stratégie basée sur le suivisme, des tentatives répétées d’entrer sur des marchés saturés et des décisions prises à huis clos. Skull & Bones, les projets live service abandonnés ou les battle royales avortés sont régulièrement cités comme symboles de cette dérive.
Pour beaucoup, la situation actuelle ressemble à un cycle sans fin. Annulations, promesses de changement, recentrage sur les grandes licences… tout cela a déjà eu lieu, sans résultats durables. Kotaku rapporte qu’un employé a même cité Vaas Montenegro, le personnage culte de Far Cry 3, sur un forum interne :
« La définition de la folie, c’est de faire la même chose encore et encore en espérant un résultat différent. »
Pour rappel, avant 2019, Ubisoft affichait une valorisation proche des 10 milliards d’euros. Aujourd’hui, elle serait tombée autour de 500 millions, une chute vertigineuse qui alimente les inquiétudes sur l’avenir du groupe et de ses studios.















