Vous utilisez ChatGPT, Copilot ou d’autres outils dopés à l’IA sans trop y penser. Une requête, une réponse, et on passe à autre chose. Sauf que derrière ces échanges en apparence anodins, des datacenters tournent jour et nuit, branchés en permanence sur le réseau électrique. Et cette consommation, elle ne reste pas invisible très longtemps.
Aux États-Unis, la note commence déjà à grimper pour certains foyers installés près de ces infrastructures. En France, la situation est encore différente, mais la question se pose désormais ouvertement : à mesure que l’IA se généralise, qui va payer l’électricité nécessaire pour la faire fonctionner ? Et surtout, est-ce que cela finira par se voir sur votre facture ?
Quand les datacenters font tousser la facture outre-Atlantique
C’est un paradoxe : alors que l’intelligence artificielle nous promet d’optimiser nos vies, ses coulisses pèsent lourd, très lourd sur les réseaux électriques. Aux États-Unis, le réveil est déjà douloureux. Certains foyers proches de zones ultra-connectées ont vu leurs factures grimper de 36 % entre 2020 et 2025 !
Comment ? Les datacenters engloutissent tant d’énergie qu’ils saturent le réseau, forçant les compagnies à investir des milliards : 16,6 milliards de dollars rien que pour la région PJM, l’une des principales zones du réseau électrique de l’est des États-Unis (chiffres issus des rapports de planification de PJM). Des sommes que les consommateurs, et non les multinationales, continuent souvent d’éponger via leurs factures.
Résultat, en 2025, 25 projets de datacenters ont été purement et simplement annulés aux États-Unis, face à la colère de riverains lassés de “sponsoriser” la tech contre leur gré. OpenAI a beau promettre, via son initiative “Stargate Community”, de “payer sa part sur l’énergie”, l’entreprise accuse déjà 8 à 14 milliards de dollars de pertes annuelles. Suffisant pour rassurer tout le monde ? Rien n’est moins sûr.
La France à l’abri… mais pour combien de temps ?
Le gouvernement se veut aujourd’hui rassurant. Emmanuel Macron l’a martelé : notre parc nucléaire garantit une électricité décarbonée, abondante et stable. En 2024, les datacenters français se contentent de 10 TWh par an (à peine 2 % de la consommation nationale, loin derrière l’Irlande et ses 21 %).
Mais ce chiffre pourrait tripler d’ici 2035. La tendance s’accélère, portée par les ambitions des géants comme Microsoft ou Amazon, qui prévoient d’investir des milliards d’euros dans le pays. Surtout, l’IA, bien plus vorace que les services traditionnels, aggrave la donne : une simple requête ChatGPT consomme dix fois plus qu’une recherche Google ! Aujourd’hui, l’intelligence artificielle pèse déjà pour 20 % de la consommation des datacenters ; certains estiment ce chiffre à 49 % dès la fin de l’année.
Une hausse de la facture impossible à exclure
Adapter le réseau a un coût, et il est connu. RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, estime à 53 milliards d’euros les investissements nécessaires sur quinze ans. Ces dépenses seront intégrées à la TURPE, la taxe d’utilisation du réseau que paient ménages et entreprises.
Dans le même temps, les datacenters bénéficient encore d’un tarif fiscal préférentiel sur l’électricité, fixé à 0,50 €/MWh jusqu’à fin 2025, très loin des tarifs appliqués aux particuliers. La concentration géographique ajoute une pression supplémentaire : l’Île-de-France représente déjà 64 % de la consommation du secteur.
À court terme, le nucléaire amortit le choc. Mais entre 2028 et 2035, lorsque les grands projets tourneront à plein régime, l’équilibre pourrait devenir plus fragile. La question n’est donc pas de savoir si l’IA consomme trop, mais qui absorbera la hausse quand la facture arrivera.







